En ce mois de mars, des souvenirs surgissent de notre passé, des souvenirs qui réveillent les mémoires, entre autres la mémoire des détonations et des soubresauts dans notre paisible pays.
Le 16 mars 1981 est de ceux là comme plus tard un certain 8 juin 2005 et bien avant en 1976 et en 1977 quand des colonnes avancées du Front Polisario atteignirent les faubourgs Nord de Nouakchott…
Le colonel Kader, plusieurs fois décoré, n’est plus à présenter. Avec lui il y avait un homme discret, droit dont on entend peu parlé et à tort, j’ai nommé le colonel Ahmed Salem O. Sidi.
Je laisse à nos historiens le soin un jour de se pencher sur cette période de notre histoire et nous dire tout, loin des convenances et des a priori, de Kader, O. Sidi, Niang et Seck, ces hommes à part.
En attendant et pour illustrer la bonhomie du personnage qui avait une autre vision de son pays, une vision de grandeur mais aussi de simplicité, celle du bédouin fier mais franc, je veux bien vous narrer cette petite anecdote tirée d’une histoire vraie.
Fin 1979, Ahmed Salem O. Sidi était ministre de l’information et à l’occasion de la fête palestinienne, il devait faire une déclaration publique en arabe à la représentation palestinienne. Peu loquace en arabe littéraire, comme toute sa génération de hauts gradés de l’armée, il parla en hassania soutenu en félicitant l’éternel représentant palestinien que toute la Mauritanie connaissait car introduit depuis l’ère de Mokhtar O. Daddah partout avec une émission hebdomadaire à la radio, le vendredi soir, que je suivais tout petit avant de dormir comme une longue berceuse dont le refrain était : « we raja3ou illa ghawaiddihim salimin » (Et ils sont revenus à leurs bases sains et saufs !). Pour nous tous, petits mais aussi grands, la Palestine était chaque semaine libérée un peu plus et les Israéliens repoussés vers la mer…
« Je félicite Bou Asma… » commença son discours improvisé Ahmed Salem O. Sidi. En Hassania, ça serait « le monsieur de la tente pliée ». Une allusion, peut-être à ces nouvelles gens du voyage…
Un conseiller, plus courtisan que conseiller comme il se doit, lui chuchota à l’oreille : « Monsieur le Ministre, son nom est Abou Issam ! ».
Sans être gêné et avec tact, O. Sidi lui dit tout de go, ce que tout le monde présent entendit mais qui fut bien sûr censuré par la suite par la radio : « ya3mlou itteïrou! » (Tant pis et qu’il aille au diable !).
C’était là le retour du franc parler et du parler vrai. En fait, le représentant palestinien était le plus grand menteur du microcosme politique nouakchottois (un autre Al-Sahaf) et personne ne pouvait le dire par décence, par hospitalité ou par amour pour la cause juste du peuple palestinien…
Yanis